Le Phylloxéra, l’insecte qui voulait détruire le vin français

Photo des pieds de vigneOn a tous entendu parler de la crise terrible du phylloxéra dans les années 1860. Mais que s’est-il réellement passé ? Qu’est-ce-que le phylloxéra et quel fut le remède trouvé ? Et enfin, quelles furent les conséquences de cette crise ? Petit récapitulatif d’une période difficile pour les vignerons, qui a bien failli mettre en péril le vin français.

Le phylloxéra dans les vignes françaises

Si les Hommes ont réussi à trouver un remède à un grand nombre de maladies de la vigne, l’un d’entre eux fut particulièrement radical. La survie du vignoble français et européen en dépendait. Nous allons évoquer le phylloxéra cet insecte venu d’Amérique qui déclencha la crise la plus grave que la vigne n’ait jamais connue.

L’origine de cette maladie de la vigne

C’est dans les années 1860 que le puceron phylloxéra vastratix fut observé et identifié dans le Gard pour la première fois. Le cycle de vie du phylloxéra est d’une incroyable complexité ce qui explique les échecs des chercheurs de l’époque à le combattre. Sur la vigne française, le phylloxéra développe surtout ses formes radicicoles : les larves se multiplient sur les racines qu’elles détruisent. Le cep meurt en moins de trois années.

Les conséquences sur la production de vin

La crise phylloxérique commence dès 1863 en Languedoc, gagne la vallée du Rhône en 1868, la Provence et le Bordelais en 1870. À partir de ces grands foyers, le phylloxéra se propage en 30 ans à toute la France et l’Europe. Les cépages français, tous de l’espèce Vitis Vinifera ne résistent pas. Plus d’un million d’hectares ont été anéantis. Certains vignobles comme Bandol ont été totalement détruit. Le puceron ne vivant pas dans les sols sableux ou humides, seuls quelques vignobles furent épargnés.

Quelles solutions pour sauver le vin français ?

Pour lutter contre le phylloxéra, on essaya de badigeonner les souches avec des insecticides ou de désinfecter le sol avec du sulfure de carbone. Les résultats furent médiocres et insuffisants. On se rendit compte que le puceron s’asphyxiait sous l’eau, alors on tenta la submersion des vignobles. Difficile à mettre en œuvre.

Le seul moyen vraiment efficace consista dans le greffage des cépages français sur des plants de vigne américains résistants. Ce sont les porte-greffes.

L’adoption du greffage de plants américains comme solution eut de nombreuses conséquences pour le vignoble français :

Larves de phylloxera sur une feuille de vigne

  • Recherche et développement des techniques de greffage. Le greffage dit « sur table » fit son apparition.
  • Étude et hybridation des espèces américaines pour fournir aux viticulteurs le plus grand nombre de possibilités adaptés à leur sol, leur climat et leur cépage.
  • Meilleure connaissance du sol et du sous-sol. Les nouvelles plantations se font dans des zones plus qualitatives. C’est ainsi que l’on a vu disparaître les vignobles du Bassin Parisien et de Basse Bourgogne qui ne furent pas replantés.
  • Mise en place du palissage de la vigne qui a entrainé de nouveaux modes de taille et le développement du sécateur.
  • Les cépages replantés furent essentiellement ceux ayant une grande adaptabilité (pour tout connaitre sur les cépages, c’est par ici). Certains cépages autochtones ont aujourd’hui complètement disparu. D’autres reviennent petit à petit sur le devant de la scène : on les appelle les cépages oubliés. J’en compte certains dans ma cave en ligne, allez y jeter un coup d’oeil !
  • Il y eut un exode rural massif : les vignerons qui ont dû arracher leur vigne et qui n’avait pas de moyen de replanter ont dû quitter la campagne pour la ville.

En 1900, la ténacité, les facultés d’adaptations des vignerons et leurs investissements ont eu raison des difficultés. Grâce à ces révolutions techniques le vignoble put se reconstituer et produire des vins de meilleure qualité en grande quantité.

Aujourd’hui : quels impacts sur le vin ?

Le phylloxéra n’est plus une maladie prioritaire. Les vignobles du monde sont quasiment tous greffés sur des porte-greffes américains. Quelques zones résistantes au Chili, en Australie ou en Nouvelle Zélande subsistent encore. En France, on peut trouver des vignes franches de pied (non greffées) dans les Sables de Camargue. C’est d’ailleurs dans ce secteur que l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) possède une collection unique au monde de 2250 cépages garantissant ainsi la mémoire du patrimoine viticole international.